Interprétation pour les services publics : le discours de l’interprète et son influence sur la relation interpersonnelle — apport des approches discursives et argumentatives

Colloque organisé par le Service de Traduction spécialisée et de Terminologie de la Faculté de Traduction et d’Interprétation – Ecole d’Interprètes Internationaux de l’Université de Mons, Belgique, en collaboration avec l’Université catholique de Louvain.

Conférenciers principaux

Hanneke Bot, Pro Persona – Institute for Mental Health, and Bot – Bilingual cOmmunication & Training
Yvan Leanza, Université Laval
Rafaella Merlini, Università di Macerata
Anne Reynders, Katholieke Universiteit Leuven

Les études de plus en plus nombreuses en interprétation pour les services publics mettent en évidence, grâce aux outils conceptuels de l’analyse du discours, qu’une rencontre interprétée est loin d’être un dialogue entre deux personnes où l’interprète répète simplement ce qui vient d’être dit dans l’autre langue, mais constitue une interaction complexe composée de différents types d’activités dans lesquelles l’interprète est engagé comme participant à part entière. La production verbale de l’interprète offre à l’analyste du discours la possibilité, unique, de la comparer à un discours de référence, celui des intervenants primaires, afin d’établir une analyse fine des spécificités de chacun des deux discours, ainsi que des relations interpersonnelles qui s’établissent entre les membres de la triade.

Parmi les activités de l’interprète, celle de coordination de l’interaction a reçu une attention toute particulière. Cecilia Wadensjö (1998) a pour la première fois introduit ce concept dans la réflexion sur l’interprétation communautaire et a montré à quel point il était central dans une interaction interprétée. Ce concept de coordination a fait l’objet de nombreux débats par la suite et a notamment été approfondi par les contributeurs de l’ouvrage Coordinating Participation in Dialogue Interpreting de Claudio Baraldi et Laura Gavioli (2012). Ces deux auteurs avancent la notion de coordination réflexive : via ce type de coordination, l’interprète donne – ou ne donne pas – la possibilité (empowerment) à chaque intervenant primaire d’occuper l’espace de parole qui lui revient dans l’interaction et de s’y impliquer activement.

Ainsi, par toute une série d’actions verbales et d’éléments non verbaux, l’interprète relaye la parole de l’autre et coordonne l’échange afin d’établir, encourager ou contrôler les liens entre les intervenants primaires, influençant donc leurs relations interpersonnelles. A cet égard, nous avançons hypothèse que ce type de discours de coordination vise également à ajuster les aspects argumentatifs du discours des intervenants primaires et qu’il pourrait par conséquent être abordé à l’aide de certains outils conceptuels développés par les théoriciens de l’argumentation.

Dans le cadre de notre conférence, nous voulons plonger au cœur de la dimension interpersonnelle de l’échange triadique en privilégiant une approche descriptive d’interactions authentiques par l’analyse du discours et de l’argumentation, et en soumettant à la discussion les questions de recherche suivantes :

  • Relations intersubjectives: comment les choix discursifs et argumentatifs de l’interprète, délibérés ou inconscients, influencent-ils la relation intersubjective entre les membres de la triade ? L’interprète facilite-t-il ou au contraire fait-il écran à l’établissement d’une relation interpersonnelle entre le prestataire de services et le bénéficiaire ? Observe-t-on discursivement l’émergence de coalitions ?
  • Positionnement, ethos et image de Soi: quelles sont les positions subjectives projetées, acceptées, négociées ou rejetées par l’interprète et leur influence sur l’interaction ? Quelles sont les postures spécifiques adoptées par l’interprète en cours d’interaction ? Quel est l’impact de l’interprète sur l’ethos discursif projeté par le locuteur primaire ?
  • Négociation du sens et de la forme: comment l’interprète négocie-t-il les menaces de face ? Comment perçoit-il et transmet-il les stratégies argumentatives des intervenants primaires ? Poursuit-il sa propre ligne argumentative, indépendamment de celles des intervenants primaires ?
  • Santé mentale et santé somatique : si l’on part du point de vue que l’interprète participe à la construction de l’alliance thérapeutique, comment actualise-t-il linguistiquement sa part de médiation relationnelle ? Quel impact le comportement verbal et non verbal, empathique ou non-empathique de l’interprète a-t-il sur la dynamique de la rencontre ?
  • Méthodologie: Quels sont les outils d’analyse discursive et argumentative utilisables afin de faire émerger l’influence de l’interprète sur la relation interpersonnelle ?

Par ce projet, nous voulons fédérer la réflexion autour des positionnements intersubjectifs au sein de la triade et des concepts méthodologiques innovants capables de les éclairer, afin de contribuer à une compréhension approfondie de ce qui est en jeu dans une interaction interprétée.

Langues de travail : français et anglais.