Thème

Le congrès AREF est d’abord l’occasion de présenter les travaux de recherche récents et en cours au sein de multiples symposiums abordant des thèmes variés. Mais il est aussi l’occasion d’approfondir un thème transversal à l’occasion des conférences et tables-rondes mais aussi dans chacun des symposiums, en complément des échanges sur les travaux de recherche. Le thème de cette édition est présenté ci-dessous.

À quelles questions cherchons-nous réponse ?

Avec un tel titre, les participant-e-s sont invité-e-s à compléter la présentation et la discussion de leurs recherche par une démarche réflexive à propos de leurs questions de recherche : quels processus et facteurs les ont conduits à se poser les questions qu'ils/elles se posent ? Pour qui ces questions sont-elles pertinentes ? A quels enjeux sont-elles liées ? Le congrès AREF 2016 invite donc les acteurs à se poser des questions sur leurs questions de recherche, dans une triple démarche de compréhension, d'évaluation et de proposition.

Comprendre

Le contexte sociétal et les conditions de travail du chercheur ou de la chercheuse, tant autant que les paradigmes de sa discipline, son réseau d'interactions, ses sources de financement, son histoire personnelle et ses valeurs structurent son questionnement. Les questions qu'il ou elle se pose ne viennent pas de nulle part. Elles ont une genèse, trop peu souvent interrogée et investiguée. Une genèse souvent complexe, difficile à démêler, faite notamment d'acteurs, de contextes et de paradigmes, en plus de paramètres plus personnels.

Des acteurs d'abord, puisque, presque toujours, l'autonomie du chercheur ou de la chercheuse en matière de définition des questions de recherche n'est que partielle. Il/elle doit en effet composer avec des demandes et des attentes plus ou moins explicites et contraignantes, qui peuvent d'ailleurs se révéler en tension voire en contradiction entre elles. Il n'est pas certain en effet que les demandes et attentes des financeurs, des évaluateurs, des collègues, des "sujets" de recherche… et des chercheur-e-s mêmes soient concordantes. Comment l'équipe de chercheurs composent-elle avec ces souhaits divers ? Comment les hiérarchise-t-elle ? En quoi les interventions de ces divers acteurs l’amènent-elle à appauvrir le questionnement de départ, ou au contraire à l'améliorer, l'affiner, le réorienter positivement ? Comment se "jouent" ces "négociations" plus ou moins explicites ? Comment les chercheur-e-s s'arrangent-ils avec les cadrages que d'autres leur proposent ou tentent de leur imposer ?

Les contextes dans lesquels évoluent les chercheur-e-s ne sont pas non plus sans impact sur les questions qu'ils se posent.

  • Le contexte sociétal, d'abord, qui, à l'heure actuelle, se caractérise par de profondes évolutions propres à renouveler en partie les enjeux et à faire émerger de nouveaux défis. Les apprenant-e-s changent, tout comme les contextes d'éducation et de formation, et ces changements ouvrent potentiellement de nouvelles questions de recherche.
  • Le contexte scientifique évolue également. Spécialisation, internationalisation, anglicisation, évaluation systématisée  de la recherche et des revues, mise en compétition des centres de recherche et des chercheur-e-s sont quelques-unes des évolutions qui modifient le contexte de travail de recherche et font peser de nouvelles contraintes sur les personnes qui y sont engagées, y compris (voire surtout ?) sur la manière dont elles se posent des questions et sur la nature des questions qu'elles se posent.

Les paradigmes pèsent assurément aussi sur les questionnements.

  • Les paradigmes propres à une société profondément marquée par l'individualisme et la compétition, d'abord.
  • Le référentiel de la forme scolaire, qui s'est imposé au cours de l'époque moderne, ensuite.
  • Et, last but not least, les territoires disciplinaires segmentés de la science, qui demeurent très structurants en dépit des appels à l'interdisciplinarité.

Ce congrès AREF 2016 est donc l'occasion donnée aux chercheurs et chercheuses de comprendre ce qui cadre leurs questions de recherche.

Evaluer

Le congrès est aussi l'occasion de s'interroger sur les effets de tels cadrages. N'y a-t-il pas un type de questionnement que la combinaison de ces divers facteurs contribue à privilégier ? Et ce type de questionnement ne privilégie-t-il pas un type de rapport au monde, un type d'acteurs/d’actrices, un type d'interprétation, un type de société et d'Humain ?

Plus précisément, en quoi les questions de recherche que se posent aujourd'hui les chercheurs et chercheuses en éducation et formation ont-elles changé par rapport aux questions qu'ils se posaient voici quelques années ? Les évolutions constatées dans tel ou tel domaine de recherche peuvent-elles être jugées positives ou négatives, en phase ou non avec les changements de contexte, proches des enjeux d'acteurs forts ou d'acteurs faibles, cumulatives ou erratiques ?

Quelques exemples de questions : Les chercheurs et chercheuses tiennent-ils suffisamment compte des évolutions sociétales ou se laissent-ils enfermer dans des traditions de recherche perdant de leur pertinence sociale ? Les nouveaux critères d'évaluation s'imposant aux chercheur-e-s et pesant sur leurs carrières ont-ils des effets positifs ou négatifs sur le type de questions qu'ils se posent ? Ne les amènent-ils pas, par exemple, à négliger les recherches en contexte ou à découper à l'infini le "réel" pour construire des objets de plus en plus circonscrits ? Les questions de recherche sont-elles trop déterminées par les acteurs sociaux puissants, au détriment des acteurs dominés ? Les commanditaires laissent-ils assez de latitude pour "négocier" la question qu'ils posent aux chercheurs et chercheuses ? Les modes de financement conduisent-ils les chercheur-e-s à délaisser des questions de recherche fondamentale ? L'internationalisation et l'anglicisation n'ont-ils pas des effets non souhaitables sur le type de question que nous traitons ? etc.

Proposer

Au-delà de ces deux volets d'un travail réflexif visant à comprendre et à évaluer nos questionnements, il peut aussi y avoir place pour une réflexion plus propositionnelle, si l'évaluation faite au point précédent comporte des aspects négatifs.

Quelques exemples de telles questions… Comment opérer le lien entre des questions et terrains très spécifiques et les questionnements plus transversaux des acteurs ? Comment articuler des recherches qui tentent de s'émanciper des contextes en généralisant des résultats et en isolant l'effet de quelques facteurs avec des pratiques nécessairement contextualisées et influencées par un nombre de variables bien plus grand que celles investiguées ? Comment articuler lignes traditionnelles de recherche et émergence de nouveaux enjeux et défis ? Comment simultanément répondre aux questions des acteurs de terrain et aux exigences des revues de haut rang ? Comment contribuer à une interprétation d'un phénomène complexe sur  la base de recherches parcellisées menées à partir d'angles disciplinaires différents ? Quel équilibre trouver entre la liberté de questionnement du chercheur et les demandes qui leur sont adressées par d'autres catégories d'acteurs ?