Olivier Maulini  : "Qu'enseigne la recherche aux enseignants? Des bonnes pratiques aux praticiens compétents".

 

Olivier MAULINI est professeur associé à l’Université de Genève (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation) dans le domaine 'Analyse du métier d'enseignant'. Il est responsable du Laboratoire de recherche Innovation-Formation-Éducation (LIFE) et intervient dans la formation des enseignants primaires et secondaires, des directeurs d'établissement et des formateurs d'enseignants. Ses recherches portent sur les pratiques pédagogiques et les institutions scolaires, le travail, le métier et la formation des enseignants, les rapports entre savoirs, école et société.

 

Enseigner est-il un art ou une science ? C’est plus simplement un travail, en partie normé de l’extérieur, en partie improvisé en situation. Le métier d’instruire a ses règles et ses traditions, mais aussi ses problèmes, ses incertitudes, ses questions. Il a historiquement consisté à placer l’élève ou l’étudiant sous l’autorité d’un professeur plus ou moins savant, mais ce professeur est aujourd’hui fréquemment sommé de rendre des comptes, de se montrer non seulement érudit et honnête, mais aussi clair, pertinent, convaincant, juste, efficace, lucide, bref, compétent. Que savons-nous de toutes ces qualités ? Qu’en dit la recherche en éducation ? Peut-elle contribuer à les formaliser et les former ? A-t-elle quelque chose, en somme, à enseigner aux enseignants ? Oui et non, c’est la difficulté. D’abord oui, parce que l’observation scientifique prouve que toutes les pratiques ne se valent pas, que certaines d’entre elles sont efficaces, d’autres moins, quelques-unes même contre-productives vis-à-vis du but qu’elles se fixent… Ensuite non, parce qu’un but peut toujours se discuter (ou au contraire être tu), et qu’une bonne pratique menant au mauvais objectif n’est guère à recommander... Donc à nouveau oui, car si la légitimité d’une pratique dépend de critères complexes et socialement controversés, les sciences de l’éducation étudient aussi les effets des discours, des idéologies, des conflits de valeurs et de rationalités sur les enseignants, leurs manières de travailler et de faire ou non de l’effet en travaillant. Au final, peut-être que le professeur n’a ni à recevoir de leçons, ni à en donner exclusivement : sa compétence est dialogique et interactive, elle se juge autant aux techniques qu’il maîtrise qu’à l’éthique réflexive qu’il incarne en travaillant.

En partant de la controverse pédagogique relative à l’identification et la diffusion des « bonnes pratiques », on peut ainsi montrer successivement : 1. Ce que la recherche prétend nous apprendre à propos de ces pratiques. 2. Comment les résultats de cette recherche sont recyclés, respectivement dans le débat public, dans les réformes scolaires et dans la formation des enseignants. 3. Quel est l’effet de ce triple recyclage sur les pratiques, finalement. On s’aperçoit alors que l’efficacité véritable a un coût, et que prescrire sans précautions de bonnes méthodes est certes moins complexe, moins long et moins cher, mais aussi moins rentable et moins durable que former patiemment des praticiens compétents, en partant de l’état de l’art et en l’interrogeant progressivement du dehors et du dedans.

La vidéo de la conférence ainsi que la présentation Power-Point sont disponible ci-dessous : 

 

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